Le marché de l’art de Monaco : une nouvelle aube

Photo © Sotheby's Monaco

La Principauté entre dans un nouvel âge d’or en devenant un point de référence incontournable dans le monde exclusif des collectionneurs d’art internationaux.

Résidence de vacances ou permanente de l’élite mondiale, la Principauté est depuis longtemps un marché important pour les vendeurs d’art et les commissaires-priseurs. Les années 1980 et 1990 ont été une période de gloire particulière, avec des événements phares organisés par des sociétés comme Christie’s et Sotheby’s. 

Sentant une opportunité, Artcurial, basé à Paris, a établi en 2015 une présence à l’année, avec des bureaux dans le prestigieux Palais de Monte-Carlo, sous la direction de la remarquable Louise Gréther. 

art monacoLouise Gréther, Director of Artcurial Monaco © Artcurial Monaco

“Toute la Côte d’Azur, de Nice à Saint-Tropez, regorge de beaux domaines, et les collectionneurs du monde entier y passent un peu de temps pendant l’été”, explique Martin Guesnet, directeur Europe d’Artucurial. 

Un certain nombre de grands collectionneurs d’art contemporain y ont également leur maison, comme la famille Fiorucci, Pierre Nouvion, Daniela Memmo d’Amelio ou encore José Eisenberg. 

 

“Quelqu’un qui aime l’art vit avec ses tableaux, les apprécie tous les jours”, affirme Eisenberg. C’est précisément cette perspective qui distingue les acheteurs de Monaco, qu’ils soient résidents à l’année ou estivants. 

Cela s’est manifesté de manière poignante pendant les longs mois de lockdown de la pandémie. Les déplacements étant fortement limités, les galeristes et les commissaires-priseurs, qui réalisent une part importante de leurs recettes annuelles pendant la saison chaude, lorsque Monaco accueille temporairement l’élite mondiale des vacanciers, avaient de quoi s’inquiéter. La clientèle est cependant quand même venue, mais, plutôt que de s’arrêter pour une brève escapade, les habitués ont choisi de vivre leur confinement sur les rives ensoleillées de la Principauté, en y restant toute la saison. 

Il en va de même pour de nombreux résidents monégasques qui, selon le directeur d’Art Monte-Carlo, Thomas Hug, “ont décidé de rester chez eux cette année plutôt que de voyager”. Avec du temps pour donner un “re-styling” à leur maison et un apparent sens de la solidarité, les millionnaires monégasques étaient enclins à acheter des œuvres d’art. 

Les responsables d’Artcurial étaient si optimistes qu’ils ont décidé, malgré le climat morose dû à la Covid, de maintenir l’événement qu’ils organisent chaque hiver depuis cinq ans. Leur audace a été récompensée par le succès. D’un chiffre annuel pré-Covid de 17 millions d’euros en 2018 et de plus de 19 millions en 2019, l’annus horribilis de 2020, difficile voire tragique pour beaucoup, a vu Artcurial Monaco récolter plus de 21 millions. 

D’autres maisons partagent clairement l’optimisme d’Artcurial. Sotheby’s est passée de 1 milliard d’euros de recettes provenant de ventes privées en 2018 et 2019 à une augmentation remarquable de 60 % en 2020. La célèbre institution, présente en Principauté depuis plus d’un demi-siècle, a ouvert cette année une nouvelle galerie de ventes privées, active de début juillet à fin octobre. 

art monacoPhoto © Sotheby's Monaco

Les œuvres exposées variaient en termes de style, de forme, de support et d’origine dans une présentation fluide de pièces en constante évolution, présentées aux côtés d’une variété d’articles de design de luxe. Tout ne s’est pas terminé avec l’arrivée de l’automne : l’art restera accessible aux acheteurs potentiels tout au long de l’année. 

Il y a toutefois une nouveauté. Plutôt que de grands événements accueillant des groupes importants de collectionneurs, de critiques et d’amateurs d’art, on note une préférence marquée pour les petits rassemblements et les affaires privées. 

Cette évolution s’inscrit dans le prolongement d’une tendance qui s’était déjà développée et que la saison écoulée a clairement consolidée.

“Monaco vit un nouvel âge d’or”, explique Nancy Dotta, représentante de Christie’s à Monaco. Elle est toutefois consciente qu’il existe une sensibilité différente. “Les collectionneurs n’aiment plus les grands événements, ils veulent du sur-mesure.” 

art monacoNancy Dotta, Director of Christie's Monaco © Christie's Monaco

Et Christie’s n’a été que trop heureuse de s’exécuter, en organisant une exposition et une vente dans le glorieux restaurant Cipriani. Une quinzaine d’œuvres. Parmi elles, une acrylique de Domenico Gnoli, des huiles sur toile de Maurice Denis et Fernand Léger, un dessin au feutre noir sur papier de Pablo Picasso, une peinture en spray et émulsion sur carte perforée montée sur panneau de Banksy, mais aussi des bijoux signés Bhagat ou Bulgari pour ne citer que quelques exemples.

art monacoBacchanale by Pablo Picasso © Christie's Monaco

Dans cet esprit, Artcurial a organisé ses ventes aux enchères de la mi-juillet dans le somptueux Hôtel Hermitage. Des objets allant de voitures classiques à de sublimes sculptures, de bijoux et de montres à des sacs à main de luxe ont été mis aux enchères et vendus. Reflétant l’habitude de la générosité de la Principauté, 98 casques spécialisés conçus par des artistes tels que Arman, Kijno, Orlinski, Venet, Combas et Lavier ont été vendus, l’intégralité des bénéfices étant reversée à l’hôpital L’Archet-2 de Nice pour la rénovation de trois services de pédiatrie.

La vente de sculpture a connu un véritable succès mettant à l’honneur des artistes majeurs de l’art contemporain des XXe et XXIe siècles tels que Bernard Venet, César, Philippe Hiquily, Niki de Saint-Phalle ou encore Robert Combas, Baltasar Lobo, Pablo Reinoso et Arman.

art monacoNiki de Saint-Phalle & Jean Tinguely (1939-2002 & 1925-1991). Nana Fontaine Type, 1970 © Artcurial

La maison suisse Hauser & Wirth a récemment ouvert une succursale permanente dans un bâtiment de la place du Casino. Pour marquer leur première saison, ils ont accueilli une exposition personnelle d’œuvres de Louise Bourgeois intitulée “La Maladie de l’amour”. L’araignée géante construite par Bourgeois dans le jardin adjacent attire irrésistiblement l’attention. 

art monacoThe monumental bronze spider by Louise Bourgeois in the Jardins des Boulingrins in Monaco © Hauser & Wirth Monaco

Monaco “devient de plus en plus une mecque pour les plus grands collectionneurs et galeristes du monde, déclare Michael Gumener de Sotheby’s, avec une culture imprégnée de la merveilleuse histoire des nombreux grands artistes du xxe siècle qui ont élu domicile sur la Côte d’Azur”. 

L’avenir de l’art dans la Principauté de Monaco est en effet très prometteur.

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The Principality is entering a new Golden Age as it becomes a principal point of reference in the exclusive world of international art collectors.

As holiday home or permanent residence for the world’s élite – from aristocrats to entertainers, from business magnates to sports stars – Monaco has long been an important market for art sellers and auctioneers. The 1980s and 1990s were a period of particular glory, with headline-making events organised by the likes of Christie’s and Sotheby’s. By the beginning of the new millennium, however, the bright shine had settled into a soft warm glow, and the Hexagon’s great auction houses refocussed their attentions on Paris.

Sensing an opportunity, in 2015 Paris-based Artcurial established a year-round presence, with offices in the prestigious Monte-Carlo Palace, under the direction of the remarkable Louise Gréther.

 

“The entire Côte d’Azur, from Nice to Saint-Tropez, abounds with beautiful estates, and collectors from all over the world spend a bit of time here during the summer,” says Martin Guesnet, Artucurial’s Europe Director.

 

A number of high-profile collectors of contemporary art also have homes here, people like the Fiorucci family, Pierre Nouvion, and Daniela Memmo d’Amelio. And we couldn’t fail to mention the inimitable, indefatigable José Eisenberg. The Eisenberg brand is run by the father-and-son team of José and Edmond from their offices in the spectacular Roccabella building, where Lewis Hamilton, Ringo Starr and Karl Lagerfeld are their neighbours.

Eisenberg is quite insistent, though, that he is not a collector. To his mind, collecting as an end unto itself is simply greedy. “Someone who loves art lives with their paintings, appreciates them every day.”

It is precisely this perspective that sets Monaco’s buyers apart, whether they are year-round residents or summer sojourners. This was poignantly evident during the long period of pandemic lockdowns. With travel severely restricted, there was cause for concern for the gallerists and auctioneers who make a significant part of their annual earnings during the warm season, when Monaco is temporary home to the world’s élite vacationers. Interestingly, though, those people still came. But rather than stopping in for a brief getaway, they elected to live out their lockdowns on the Principality’s sunny shores, staying for the entire season.

The same held true for many Monegasque residents, who according to Artmonte-carlo’s director, Thomas Hug, “decided to stay home this year rather than travel.” With time to kill, a new appreciative eye for their own homes, and an apparent sense of solidarity, Monaco’s millionaires were inclined to purchase fine art.

art monacoChaired by H.S.H. Prince Albert II of Monaco and directed by Thomas Hug artmonte-carlo is an art fair whose intention is to establish on the French Riviera a leading artistic platform for contemporary art, modern art and contemporary design.

So optimistic were Artcurial that, despite the grim Covid climate, they decided to continue their 5-year-old additional winter season event. Their boldness was rewarded by success. From a pre-Covid annual figure of 17 million euros in 2018 and over 19 million in 2019, the otherwise annus horribilis of 2020, difficult or even tragic for so many, saw Artcurial Monaco garner more than 21 million.

 

Other houses clearly share Artcurial’s optimism. Sotheby’s grew from a 1 billion euro take from private sales in both 2018 and 2019 to a remarkable 60% increase during plague-marked 2020.

 

The celebrated institution, present in the Principality for more than half a century, opened a new private sales gallery this year, active from the beginning of July to the end of October. The art exhibited ranged in style, form, medium and origin in a fluid presentation of ever-changing pieces, presented alongside a variety of luxury design items. It didn’t all end with the arrival of autumn: the art and articles will remain accessible to potential buyers throughout the year.

There is a twist, though. Rather than grand events hosting large groups of collectors, critics and art enthusiasts, there is a marked preference for small gatherings and private affairs. This builds on a previously developing trend, one that this past season has clearly solidified. “Monaco is living a new Golden Age,” explains Nancy Dotta, Christie’s representative in Monaco. She is aware, though, that there is a different sensibility. “Collectors no longer like grand events, they want made-to-measure.” And Christie’s was only too happy to oblige, organising an exhibit and sale at the glorious Cipriani restaurant.

In this spirit, Artcurial held its mid-July auctions at the sumptuous Hôtel Hermitage. Items ranging from classic cars to sublime sculptures, from jewellery and watches to luxury handbags, were bid on and sold.

art monacoFor its second season in 2021 in Monte-Carlo, Artcurial closed a fantastic week of sales at the Hôtel Hermitage, dedicated to Jewelry, Watches, Hermès & Luxury Bags, Motorcars and Monaco Sculptures, with numerous records and international collectors in attendance.

Reflecting the Principality’s habit of generosity, 98 specialty helmets designed by artists including Arman, Kijno, Orlinski, Venet, Combas and Lavier were sold, with all profits contributed to the Archet II Hospital in Nice for the renovation of three paediatric wards.

Particularly worthy of note is the fact that the great Swiss powerhouse Hauser & Wirth recently opened a permanent branch in a building on the Place du Casino. To mark their first season, they hosted a solo show of works by Louise Bourgeois entitled “La Maladie de l’Amour”. A fantastically effective attention-grabber is the Bourgeois-built giant spider in the adjacent garden.

art monacoExhibition of the French-American artist Louise Bourgeois entitled “La maladie de l'amour”, organized at the Hotel Hermitage by the Hauser & Wirth gallery, which inaugurates its premises in Monaco © Hauser & Wirth Monaco

Monaco is “increasingly becoming a mecca for the world’s leading collectors and gallerists,” says Sotheby’s Michael Gumener, “with a culture steeped in the wonderful history of the many great artists of the 20th century who made the Côte d’Azur their home.”

The future of art in the Principality of Monaco is very bright indeed.

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